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9 femmes sur 10 ont déjà ressenti une pression pour avoir des relations sexuelles

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Publié le 04.03.2020 à 17h15 
(mis à jour le 06.03.2020 à 10h26)

C’est l’enquête choc du collectif #Noustoutes. Le mouvement féministe révèle les résultats d’un appel à témoignage sur le consentement. Parmi les résultats, un constat alarmant : 9 femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir des relations sexuelles.

Trente questions sur le consentement 

En février, le mouvement féministe #Noustoutes décide de lancer une vaste enquête anonyme sur le consentement dans les rapports hétérosexuels, disponible en ligne durant 10 jours via les réseaux sociaux et par e-mail. C’est la première fois qu’une enquête sur ce sujet est menée en France. 

Au total, 100 000 personnes y ont répondu dont 96 600 femmes âgées de 15 à 75 ans. Près des ¾ des participantes sont âgées de moins de 35 ans. 

D’une durée de 11 minutes, l’enquête était composée de 30 questions parmi lesquelles :

  • « Au cours de votre vie, avez-vous déjà̀ ressenti une pression de la part d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel ? » ;
  • « Avez-vous l’impression que le consentement des femmes dans les rapports sexuels est aujourd’hui respecté en France ? » ;
  • « Avez-vous le souvenir que cette question du consentement ait été́ abordée à l’école, au collège ou au lycée dans un cours ou lors de l’intervention d’une association ? » ;
  • « Avez-vous déjà̀ eu l’impression d’avoir des rapports sexuels, sans pression de votre partenaire, alors que vous n’aviez pas envie » ; 
  • « Un partenaire vous a-t-il déjà̀ menacée (sur le ton de l’humour ou sérieusement) d'être violent si vous n’acceptiez pas un acte sexuel avec lui ? » ; 
  • « Avez-vous ressenti une pression de la part d’un partenaire pour avoir des rapports sexuels pendant votre grossesse alors que vous n’en n’aviez pas envie ? »  ;
  • « Avez-vous accepté un acte sexuel, avec ou sans pénétration, après votre accouchement alors que vous n’en n’aviez pas envie parce qu’un partenaire vous a mis la pression ? ».

La totalité des questions sont à retrouver en intégralité dans les résultats de l’enquête sur le consentement dans les rapports sexuels de #Noustoutes.

« 9 femmes sur dix ont déjà ressenti une pression pour avoir des relations sexuelles »

Après la large participation à cet appel à témoignage du collectif, les chiffres sont sans appel : parmi les répondantes, 9 femmes sur 10 déclarent avoir fait l’expérience d’une pression pour avoir un rapport sexuel. Et dans 88% des cas, c’est arrivé plusieurs fois. Un chiffre impressionnant mais qui « n’a pas étonné les militantes » selon Caroline de Haas, militante féministe du mouvement #Noustoutes. 

Sondage

Une femme sur deux ont fait l’objet de propos dévalorisant

C’est l’un des nombreux renseignements concernant le non consentement de cette enquête : 49,1% des répondantes déclarent avoir déjà entendu des remarques dévalorisantes sur le fait qu’elles n’aient pas envie d’avoir de rapports sexuels. Dans 83,3% des cas, c’est arrivé́ “plusieurs fois, la plupart du temps ou à̀ chaque fois”. Seules 14,9% déclarent que c’est arrivé́ une seule fois.

Propos dévalorisant

Parmi les insultes les plus fréquentes répertoriées : « Franchement, la prochaine fois j'irais voir ailleurs. Tu es frigide ! » ; « Tu n’es pas normale », « Il faudrait que tu maigrisses un peu, je ne suis pas attiré » ou encore « Ça ne me dérange pas qu’on ne couche pas ensemble mais je risque de finir par te quitter si ne fait pas l’amour », « Tu ne m’aimes plus si tu n’en as pas envie ».

Des propos choquants qu’une bonne moitié des femmes ont révélé avoir entendu. 

Le spectre du viol plane sur les résultats

Plus d’une répondante sur deux (53,2%) déclare avoir fait l’expérience avec un ou plusieurs partenaires d’un rapport sexuel avec pénétration non consenti. Et 15,2% des répondantes disent qu’il est arrivé au moins une fois qu’un partenaire agisse de la sorte durant leur sommeil. 

Violence psychologique

Selon la loi française, tout acte de pénétration sexuelle commis avec violence, contrainte, menace ou surprise constitue un viol. Ces chiffres révèlent un véritable problème dans la société. 

« Le faire pour lui faire plaisir »

Un autre constat alarmant selon le collectif et les résultats de cette étude. C’est le non-respect de ses propres envies afin de satisfaire l’autre. 

Ainsi, 70% d’entre des femmes interrogées, disent avoir eu l’impression d’avoir des rapports sexuels sans pression du partenaire alors qu’elles n’avaient pas envies.

Rapport sexuel par pression

Cette auto-contrainte est visible dans les justifications des sondées : « Pour lui faire plaisir », « Parce que ça faisait longtemps », « Pour ne pas avoir à justifier que je n’en ai pas envie ».

Elles sont aussi 19,7% à avoir ressentis une pression pour un rapport sexuel pendant la grossesse alors qu’elles n’avaient pas envie et 26,7 % après l’accouchement.

Une prise de conscience et l’heure de l’action

La publication de cette enquête a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. De nombreuses internautes parlent d’une véritable prise de conscience de leurs situations face aux questions du sondage. 

Réactions

Le collectif #Noustoutes donnent quelques conseils pour des relations consenties : « S’il y a le moindre doute, on demande ! » ou encore « Réfléchir en permanence à ce que veut l’autre » ; « On peut reconnaître que le fait d’être ensemble n’implique pas automatiquement le fait d’avoir des rapports sexuels. »

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S’appuyant sur ces résultats, le collectif demande à présent des actions concrètes. Ainsi, elles demandent au gouvernement une enquête représentative « pour mesurer à quel point c’est un problème ». 

Le mouvement reformule aussi la création d’un module obligatoire dans la scolarité sur la question du respect et sur la prévention des violences sexistes et sexuelles. Car cette enquête sur les réseaux sociaux le prouve : il y a un devoir d’éducation de la société à mettre en place. Et cela, dès le plus jeune âge. 

La rédaction de La Maison des Maternelles